Apprivoisons l’argent
Cette rubrique propose chaque mois un triple regard sur l’argent à travers : un mot ou une expression ; une notion de base de la gestion du budget ; une maxime.
1. Un mot d’argent : compulsion d’achat
Définition du mot : envie impérieuse d’acheter certains objets ou certaines prestations de service, selon un scénario répétitif qui suit généralement les phases suivantes :
- la personne est d’abord dans un état de tristesse, de sentiment de vide, de dépression, de frustration ; ou parfois aussi dans un état d’excitation provoquée par une bonne nouvelle, un succès, une augmentation, etc., elle est d’une très – trop – bonne humeur ;
- elle visualise un ou des objets, généralement très coûteux – « une folie » –qu’elle désire s’approprier comme s’il était capable de la faire sortir de son état de souffrance. Cibles privilégiées : vêtements de luxe, produits de beauté, parfums, etc. Le vendeur est tout sourire et cordialité. La publicité lui susurre à l’oreille un slogan du type : « Parce que vous le valez bien… » ;
- il peut aussi arriver que la compulsion concerne seulement l’achat en tant que tel ; dans ce cas, un objet ou plusieurs objets pas très chers sont tentants et d’autant plus que la culpabilité baisse en faisant une « bonne affaire » ;
- la personne entre dans le magasin avec une grande excitation et un sentiment d’urgence, ou s’installe devant son ordinateur. Elle doit acheter immédiatement, « passer à l’acte ». Elle regarde, essaie, choisit et paie – on appelle cela « faire chauffer la carte bancaire ». Sentiment d’euphorie et d’apaisement, mêlé de vague sentiment de culpabilité : la personne sait en effet que cet achat est au-dessus de ses moyens, et cherche à refouler ce détail…
- assez souvent, les objets achetés sont jetés dans un placard et ne seront jamais consommés ou portés. La personne « compulsive » entre alors dans la phase de dépression, de remords, de culpabilité, elle atterrit et mesure l’étendue des dégâts relatifs à sa situation financière : elle va devoir jouer les équilibristes, cacher la situation à son conjoint, mentir à son banquier, etc.
Commentaires
- La compulsion d’achat est la version individuelle de la pathologie sociétale qu’on pourrait appeler la société publicitaire d’hyperconsommation ;
- le passage à l’acte d’achat ne guérit malheureusement pas le sujet qui en souffre de ses symptômes de tristesse et de dépréciation de soi ;
- au contraire, il fragilise souvent un peu plus la situation financière déjà fragile de la personne « addicte ».
2. Une notion de base de la gestion du budget :
• Mets de la conscience dans tes affaires d’argent ;
• Regarde le solde de ton compte bancaire.
Ces deux recommandations se complètent pour convaincre la personne de résister à cet achat extrêmement nocif pour elle-même : « Réfléchis bien avant d’agir » et « regarde d’abord ton solde bancaire, cela t’évitera peut-être de faire cette folie. »
Elles sont pertinentes mais pas toujours suffisantes : apprendre à mieux gérer son budget n’est pas seulement une activité de type comptable, mais aussi et d’abord un travail psychique avec toutes ses duretés et ses incomparables résultats primaires et secondaires !
3. La maxime delphique du mois
Au nombre de 147, les maximes delphiques étaient dans la Grèce ancienne des paroles de sagesses censées être inspirées du dieu Apollon (en savoir plus ici)
Agis en t’assurant que tu ne vas pas le regretter
Commentaires
- Les maximes delphiques ont ceci de merveilleux qu’elles ont réponse à tout …
- L’inconvénient est qu’elles ne font pas toujours le poids face aux injonctions hyperpuissantes de notre inconscient qui, par définition, ne veut souvent rien entendre… !
Échos de nos activités
Du grain à moudre, Café philo 5 juillet 2025
Les cafés philo de l’Université populaire de l’argent ont neuf ans. Inspirés des « cafés philo » qui auraient été inventés à Paris en 1992, ils s’en démarquent par leur protocole, mais visent tout autant à stimuler la réflexion.
« Trop d’argent sur cette Terre… », « J’en veux un peu aux riches… », « Au restaurant, vous auriez entendu la façon dont elle parlait au serveur… ! » Bribes d’un « café philo » sur le thème de l’argent… Une fois par mois, Jean Beaujouan, l’un des fondateurs de l’Université populaire de l’argent, convie quiconque en a envie à venir explorer un aspect de cette institution qu’est l’argent. Naguère organisée dans un bistrot, la réunion se tient désormais chez lui, plus au calme, dans le vaste espace de son séjour habité d’une énorme bibliothèque.
Le concept est très précis : la séance dure deux heures, le thème est choisi au vote à main levée parmi une dizaine de sujets proposés par les participants. Ensuite, chacun prend la parole, présentant ses réflexions, questions ou commentaires. Il ne s’agit pas de débattre – Jean refuse d’emblée toute discussion enflammée où l’on ne viserait, au fond, qu’à mettre son vis-à-vis à terre : ici, on s’exprime, mais sans réagir directement aux propos d’un autre participant. Et l’on est prié d’attendre pour parler que celui qui est en lice déclare qu’il a terminé.
Ce samedi de début juillet 2025 marque le quatre-vingt-dixième « café philo » sur l’argent, à raison de dix occurrences par an… Jean affirme que les neuf cents questions jusqu’alors posées ont été toutes différentes ! Cette fois, sept personnes sont au rendez-vous, des jeunes, des moins jeunes et des plus vieilles, cinq femmes et deux hommes. Le sujet plébiscité est : « Peut-on préserver une véritable amitié avec beaucoup plus riche ou beaucoup plus pauvre que soi ? »
On réfléchit en silence quelques minutes, puis ce sont les interventions… L’une évoquera une personne de son entourage inconsciente de ses attitudes offensantes vis-à-vis des plus pauvres, l’autre analysera le concept de richesse au regard de celui de niveau social, un autre saluera l’astuce d’un ami riche pour aider sa compagne sans qu’elle se sente assistée, un autre encore essaiera d’exprimer son ressenti spontané vis-à-vis des très riches… Peu à peu, de cette simple juxtaposition de considérations disparates émerge une mosaïque d’idées et de questionnements.
Avant que le groupe ne se disperse, Jean pose deux questions : « Comment avez-vous vécu cette séance ? » et « Si vous n’aviez qu’une chose à tirer de cette soirée ? » D’aucuns évoquent une certaine frustration de n’avoir pas pu creuser le sujet plus avant, mais tous se félicitent d’avoir engrangé de quoi poursuivre leur réflexion : ils repartent avec du grain à moudre pour les heures et les jours à venir.
M. Devauton
Bientôt un nouveau groupe d’écriture thérapeutique sur l’argent (GETA)
La saison 3 du GETA s’est terminée mercredi 9 juillet dans l’atmosphère intime, conviviale et tranquille qui a prévalu tout au long des 6 mois qu’a duré le module. Dans ce dernier atelier, nous avons notamment créé des personnages et les avons ensuite mis en scène dans leur relation à l’argent. Une fois encore, l’écriture nous a permis de démystifier cet outil parfois terrible, d’exorciser les mauvaises relations que nous pouvons avoir avec lui mais aussi de rire, sourire et être émues (le groupe était entièrement féminin). Grâce à Brigitte et à son regard de psychanalyste, nous avons ouvert des portes pour nous aider à sortir des spirales vertigineuses qu’introduit parfois l’argent dans nos vies. A partir des métaphores et des images contenues dans les textes – parfois à notre insu – elle nous aide à tirer des fils.
Le train redémarre le 10 septembre, embarquez pour le voyage d’automne, jusqu’en janvier 2026 (le deuxième mercredi du mois, en visio) ; le suivant partira en février, jusqu’à juillet. Inscrivez-vous auprès de Brigitte Chauvin : chauvin-brigitte@orange.fr ou Hélène Pavie : helene@pavie.com