Apprivoisons l’argent
Cette rubrique propose chaque mois un triple regard sur l’argent à travers : un mot ; une notion de base de la gestion du budget ; une maxime.
Un mot d’argent : payer
- Définition : étymologie latin pascere, pastus, « nourrir, engraisser (les bestiaux), paître », pacare, « pacifier, apaiser »
- Mettre quelqu’un en possession de ce qui lui est dû en exécution d’une obligation, d’un marché ;
- S’acquitter, par un versement, de ce qu’on doit ;
- Verser de l’argent en contrepartie de (qqch. : objet, travail) ;
- Rapporter, être profitable.
- Payer est souvent vécu comme le fait de se séparer d’une partie de soi-même, comme si notre argent faisait plus ou moins partie de nous-même ;
- On peut aussi payer de sa personne ; payer en monnaie de singe ; payer comptant (à ne pas confondre avec payer « content » 😊) ; se payer de mots ; payer sa tournée ; se payer la tête de quelqu’un, etc. ;
- L’étymologie appelle utilement notre attention sur le double effet de payer :
- Payer « nourrit » et même « engraisse » – enrichit – le créancier mais également le débiteur – « qui paye ses dettes s’enrichit » ;
- Payer ses dettes pacifie la relation entre l’ancien débiteur et l’ancien créancier : une fois la dette éteinte, les deux acteurs de l’échange se quittent bons amis, ils sont quittes et pourront commercer ultérieurement à nouveau avec un surcroit de confiance.
Une notion de base de la gestion du budget : combien ?
- Dans la vie courante, on paye souvent en contrepartie d’un achat. Et on utilise le même mot qu’il s’agisse de payer un paquet de bonbons à 4 euros ou une maison à 200.000€ ;
- Le langage populaire a donné un nom précis à la somme qu’il convient de payer dans le cadre d’une transaction : « la douloureuse ! » Ce mot dit que payer est souvent une souffrance et pourquoi chaque personne cherche naturellement à économiser son argent, surtout si elle craint d’en manquer, ce qui produirait en elle angoisse voire culpabilité ;
- Savoir évaluer la juste valeur de la chose qu’on envisage d’acheter fait partie des compétences utiles pour mieux gérer son budget ;
C’est une science complexe, parce qu’elle nécessite de répondre à plusieurs questions :- Quelle est la « vraie » valeur (naturellement subjective) de cet objet ?
- Ai-je vraiment envie, ou besoin, et jusqu’à quel prix, de l’acheter ?
- Comment (à quel prix) évaluer les bienfaits que me procurera son éventuel achat ?
- Ai-je les moyens financiers, et jusqu’à quel plafond, de l’acheter ? Si non, saurai-je trouver accès à un crédit auprès du vendeur, d’une banque, d’une personne proche ?
- Acheter cet objet est-il légitime et sage ?
- Que va dire mon compagnon ou ma compagne, ou encore mon « coach budgétaire », en apprenant que j’ai réalisé cet achat ?
- Quelles sont mes compétences pour négocier au mieux son prix avec le vendeur ?
- Jusqu’où est-ce que je m’autorise à tricher dans ma négociation avec celui-ci pour obtenir de lui un prix avantageux ?
- Dois-je acheter maintenant ou prendre le temps de réfléchir et attendre que son prix baisse ?
- Si j’achète cet objet, dans quelle catégorie de dépenses devrais-je noter son prix : dépenses courantes ? Dépense d’investissement ? Dépense de loisir ? Dépense somptuaire ?
On voit ici à quel point la question du « Combien » soulève des difficultés complexes et de nature à la fois matérielle et philosophique !
Une maxime delphique : Fais ce qui est juste
Au nombre de 147, les maximes delphiques étaient dans la Grèce ancienne des paroles de sagesses censées inspirées du dieu Appolon (en savoir plus ici)
- Cette maxime donne un éclairage plein de sagesse aux interrogations nécessaires avant de répondre à ces deux questions : acheter ou ne pas acheter ? Et si plutôt oui : à quel prix maximum ?
- Cette même maxime nous est semblablement précieuse si, comme le fait l’Université populaire de l’argent envers les participant·es à ses séminaires sur l’argent, le « vendeur » nous invite à payer selon la procédure dite du paiement conscient ; c’est-à-dire : payez SVP cette prestation le prix qu’en toute conscience vous estimez qu’elle vaut, compte tenu de sa qualité, de son intérêt pour vous et de… votre situation financière
- Étonnement : huit autres maximes delphiques pourraient convenir pour étayer le débat sur cette question : quelle somme d’argent suis-je prêt à «payer » pour acquérir cet objet ? Abondance de biens ne nuit pas, les voici :
- Méfie-toi des tromperies (maxime n° 46)
- Agis seulement quand tu sais (n° 50)
- Teste la moralité de ton interlocuteur (n° 54)
- Contrôle tes dépenses (n° 72)
- Travaille pour obtenir ce que tu veux posséder (n° 79)
- Agis en t’assurant que tu ne vas pas le regretter (100)
- Recherche ton intérêt (110)
- Acquiert tes richesses de manière juste (117)