Quand le dernier arbre sera abattu,
La dernière rivière empoisonnée,
Le dernier poisson capturé,
Alors seulement vous vous apercevrez
Que l’argent ne se mange pas.
Proverbe amérindien
Définitions et étymologie
Riche, richesse
Étymologie : racine francique riki « puissant », celtique et gauloise rix, -qu’on retrouve dans Vercingétorix, dans le latin rex, « roi » et dans l’indoeuropéen rajah, « souverain »
Au Moyen Âge, riche signifie « puissant » à la fois quant au pouvoir politique, à l’importance sociale (l’état de noble) et à l’ampleur des possessions matérielles.
Aujourd’hui, le mot richesse signifie :
- Possession de grands biens et, en particulier, possession d’argent en abondance ;
- Caractère de ce qui a une grande valeur ;
- Caractère de ce qui contient beaucoup d’éléments de grande importance.
Argent
Étymologie : racine indo-européenne arg qui signifie « briller », « éclat », « blancheur » (l’infinitif arguere signifie « démontrer », « convaincre », à rapprocher de ce que l’argent est doté d’une grande capacité à convaincre ?)
- Métal précieux
- Pièce de monnaie en argent et, par extension, toute monnaie métallique
- Toutes sortes de monnaies, métallique (les pièces), scripturale (l’argent déposé sur un compte à la banque et comptabilisé sous la forme d’écriture), fiduciaire (les billets de banque, mais aussi les cartes de crédit, etc.)
- Le patrimoine d’une personne, c’est à dire la valeur financière de tout ce qu’elle possède en propre à un moment donné, après avoir soustrait le montant total de ses dettes (les principales composantes du patrimoine sont les biens fonciers (terres ou terrains), les biens immobiliers (maison ou appartement), les actions ou obligations, les objets d’art, l’argent déposé à la banque ou conservé chez soi et aussi, plus modestement, les véhicules, les vêtements, les bijoux, les biens d’équipement de la maison (meubles, vaisselle, équipements ménagers etc.). Au sens large, l’argent, c’est la fortune d’une personne, ou encore son « capital ».
Les sources de notre richesse
Celles qui résident dans notre environnement
• L’ensemble de l’Univers et en particulier ;
• Tous les corps célestes qui le constituent ;
• Le soleil qui fournit l’énergie à ses planètes, dont la Terre :
• La Terre qui est notre maison commune ;
• L’ensemble du monde terrestre minéral, végétal et animal et humain, source infinie de tout ce dont nous avons besoin pour nous nourrir, nous vêtir, nous abriter, objets à contempler et à admirer, sources de jeu et de réjouissances diverses ;
• L’air, l’eau, le feu, la terre, ces éléments qui nous enveloppent et dont nous avons besoin pour vivre ;
• Le fait de vivre dans un État de droit, et en démocratie (Cette source de richesse n’est malheureusement pas universelle)
• Notre liberté (de croyance, de parole, de mouvement etc.) (Idem)
• L’histoire, la science, les chefs d’œuvre artistiques et les multiples transmissions généalogiques dont nous sommes les héritiers ;
• Etc.
Les sources potentielles de richesse qui résident en nous-mêmes
• Le fait d’exister et de désirer, et la puissance d’agir qui est en nous ;
• Notre force de vie qui nous pousse chaque jour à prendre soin de nous et à tenter de vivre mieux ;
• Notre capacité à créer, à inventer une vie meilleure, à donner (la) vie ;
• Notre capacité à observer, à réfléchir, à nous exprimer finement (notamment par le langage), à acquérir des savoirs et des compétences, à les transmettre ;
• Notre capacité à identifier ce qui nous manque, ce qui nous menace, ce qui nous fait souffrir ;
• Notre capacité à défendre nos intérêts et ceux de nos proches, si nécessaire avec vigueur ;
• Notre capacité à nous soigner, ou à demander de l’aide pour nous soigner ;
• Notre capacité à apprendre et à exercer un métier, à produire des biens et des services susceptibles d’être échangés avec nos pairs ;
• Notre capacité à interagir avec notre monde environnant, et notamment avec les paysages, les végétaux, les animaux, les autres humains ;
• Les émotions que l’on peut ressentir à la lecture d’un livre, en écoutant une musique, en contemplant une peinture, un arbre, un paysage ou encore la voûte céleste ;
• Le plaisir que l’on ressent à pratiquer un sport, à chanter ou à danser ;
• Le fait d’être en paix avec soi-même et avec ses proches ;
• Notre capacité à ressentir des sentiments de sympathie, de bienveillance, de solidarité, d’amitié, d’affection, d’amour, de gratitude, d’admiration envers les individus que nous rencontrons et à les leur exprimer ;
• Notre capacité à faire un cheminement intérieur
– Pour faire la lumière sur le mystère que nous sommes pour nous-même ;
– Pour exorciser nos démons intérieurs ;
– Pour apaiser nos souffrances psychiques ;
– Pour donner plus de place en nous à la sagesse ;
– Pour devenir un peu plus nous-même ;
• Notre capacité à réaliser des échanges marchands avec autrui
• Notre capacité à tenir ses affaires d’argent en ordre, et notre sentiment de sécurité accrue qui en résulte ;
• Notre capacité à :
– Identifier avec justesse nos vrais besoins et nos vrais désirs ;
– Nous consacrer à la satisfaction prioritaire de ceux-ci ;
– Ne pas gaspiller notre énergie et accessoirement notre argent, de façon parfois ruineuse, pour tenter de satisfaire des désirs créés en nous et de toutes pièces par l’industrie publicitaire.
La « vraie » richesse
Elle consiste à conduire notre vie sur un chemin qui nous satisfait et nous épanouit, en disposant de suffisamment d’argent pour mener une vie digne et confortable, sans nous épuiser à gagner plus d’argent que nous n’en avons réellement besoin pour « bien » vivre.
A noter que tous ces éléments ou sources de richesse débordent infiniment la richesse qui est concentrée dans l’argent lui-même ou dans les objets que nous possédons. C’est ce que certains philosophes appellent le « hors de prix » (Hénaff, Marcel, Le prix de la vérité, Paris, Le seuil, 2002, p. 20. ). Ex : le simple fait d’être en vie ; avoir le droit de rêver ; avoir été un enfant profondément aimé par ses parents, etc.
L’argent est une richesse mais pas LA richesse
Par une sorte de convention commune plus ou moins explicite, l’argent est un concentré de valeur, un objet de valeur universelle qui permet d’acquérir tout autre objet ou service qui est à vendre sur un marché. Comme il est échangeable contre tout (ou presque tout) ce que les humains désirent, chacun cherche à se l’approprier et, pour cela, est prêt à céder en contrepartie une partie de ce qu’il possède, à commencer, dans le salariat, par sa force de travail
A ce titre, on peut dire que l’argent est un lien social, au sens où tous les humains ont en commun ce besoin vital de « courir » après l’argent, de se l’approprier, et d’échanger des biens et des services pour l’acquérir. L’argent, à tout moment et indéfiniment, passe de main en main (ou d’ordinateur en ordinateur ou encore de compte bancaire à compte bancaire).
L’argent est une énergie capable de déplacer les montagnes, il démultiplie presqu’à l’infini la puissance d’agir de celui qui le possède et le manie avec adresse. Il est donc une méta-ressource qui permet, en principe, de se procurer toutes les ressources spécifiques dont nous avons besoin à un certain moment pour réaliser tel ou tel projet.
L’argent est donc une forme de richesse, mais il n’est pas la vraie richesse au sens que nous avons suggérée au point précédent.
Comment chacun de nous produit-il l’argent dont il a besoin ?
Il existe de nombreuses façons de se procurer de l’argent : être salarié ; être entrepreneur ou commerçant ; emprunter ; faire des placements financiers, spéculer ; hériter ; épouser un.e riche héritiér.e ; recevoir des dons ; jouer au poker (à la loterie, au casino) ; voler, etc.
La façon citoyenne – c’est-à-dire en tant que citoyen d’une cité ou d’un État) de se procurer de l’argent, c’est de produire des biens ou des services utiles pour les autres citoyens, et de les leur vendre dans le cadre d’une transaction marchande qui implique un vendeur et un acheteur : le vendeur possède en surplus un bien ou un service que l’acheteur désire se procurer, ils se mettent d’accord sur un prix de transaction plus ou moins « juste », les parties prenantes topent sur le marché (on dit « marché conclu »), l’objet passe de la main du vendeur à celui de l’acheteur, souvent en même temps que l’argent passe de la main de l’acheteur à celle du vendeur.
Si elle se fait dans des conditions normales d’équité et d’honnêteté, cette transaction marchande est LA source-clé de l’enrichissement des deux protagonistes. Cet enrichissement tient à deux points essentiels :
- Le vendeur avait un objet (au sens large) en surplus et, même si c’était un objet de valeur, il n’en avait pas vraiment besoin. En revanche, il avait besoin d’argent (pour sa « consommation personnelle » ou pour pouvoir continuer sa production d’objets ou de services) ; l’acheteur, lui, avait de l’argent disponible et un impérieux désir ou besoin d’acquérir cet objet. Après la transaction, l’acheteur peut maintenant jouir de l’objet qu’il convoitait fort, et se dit (ou finit par se dire) qu’il l’a payé un bon prix. Chacun s’est enrichi parce que son besoin est satisfait. La valeur ajoutée de la transaction ne tient pas au fait que le vendeur ait plus d’argent dans sa poche, mais au fait que les besoins ou désirs des deux acteurs aient été satisfaits. Par cette transaction, l’objet échangé et l’objet argent s’installent à une place plus « légitime » au regard de la satisfaction des besoins ou des désirs des deux contractants, et le monde évolue vers un ordre globalement plus satisfaisant.
- Dans cette affaire, l’utilité essentielle de l’argent, c’est d’avoir simplifié et facilité l’échange. Dans cet échange, l’enrichissement ne résulte pas de l’accumulation d’argent, mais simplement de la satisfaction des besoins de chacun des acteurs rendus possibles grâce à l’argent.
L’argent comme réservoir de richesse
L’argent tend à s’accumuler dans la poche d’un individu dans la mesure où celui-ci produit et vend plus de biens ou de services qu’il n’en achète, ou plus exactement qu’il n’en consomme. La différence entre ce qu’il vend et ce qu’il consomme s’appelle l’épargne (étymologie sparanjan « traiter avec indulgence » puis « ne pas tuer », « ne pas détruire »).
Si l’épargne s’accroit et devient stable, on parle de constitution d’un patrimoine : celui-ci procure souvent (mais pas toujours) un surcroit de confiance en soi, de capacité d’action, de considération sociale, de sentiment de sécurité et de confort de vie.
Il n’est donc pas en soi mauvais d’avoir un patrimoine, dès lors qu’il a été gagné de façon éthique. Mais on peut vivre bien sans posséder de patrimoine, et on peut à l’inverse posséder un patrimoine important et vivre une vie psychiquement douloureuse voire misérable.
En guise de conclusion
- L’argent et le patrimoine vu dans sa dimension financière ne doivent pas être confondus avec la richesse ;
- Pour un individu, et au-delà de la satisfaction de ses besoins de base, la richesse consiste à savoir faire coïncider ses désirs et ses moyens. Selon le principe de Micawber (Cf. le roman de Charles Dickens, David Copperfield, publié à Londres en 1850.), et quels que soient ses revenus et son patrimoine, un individu est riche lorsque ses dépenses sont inférieures à ses ressources, fût-ce de très peu.
- Beaucoup d’éléments qui constituent cette richesse ne sont pour l’essentiel ni achetables ni vendables, et on peut s’en repaître à l’infini. La société de consommation tend à nous persuader au contraire que tout plaisir ou bonheur doit être monétarisé, c’est-à-dire acheté : cela constitue une déviation perverse ;
- Nous sommes une richesse pour nous-même et pour les autres, et il dépend de nous (au moins en partie) d’en prendre conscience et de l’amplifier ;
- Pour le philosophe Xénophon, la richesse ne réside pas dans le nombre ni dans la valeur des choses que l’on possède, mais dans le fait de posséder les biens dont on a besoin et de savoir en faire usage. Il dit notamment : « Ranger, c’est être riche », parce que lorsque nos affaires sont en ordre, on sait comment en tirer le meilleur parti.
- L’argent comme objet d’échange est une source de richesse, et les ressources financières dont nous disposons ainsi que notre capacité à bien gérer nos affaires d’argent font bien partie de nos richesses. Mais il est essentiel de prendre conscience des autres richesses qui sont en nous, dans notre environnement et dans nos relations avec nos proches ;
- Plus nous aurons conscience de nos richesses non financières, plus nous aurons le désir et la capacité de les développer, et plus nous saurons nous en nourrir.
- Nous pourrons alors nous délivrer de l’illusion selon laquelle l’acquisition et la consommation d’objets achetés peuvent combler nos désirs – ou nos manques à être ; et apprendre à cultiver de nouvelles sources de bonheur ailleurs que dans la possession d’objets et dans leur consommation.
- Un poème pour terminer
L’argent peut acheter une maison, mais pas un foyer.
Il peut acheter un lit, mais pas le sommeil.
Il peut acheter une horloge, mais pas le temps.
Il peut acheter un livre, mais pas la connaissance.
Il peut acheter une position, mais pas le respect.
Il peut acheter la médecine, mais pas la santé.
Il peut acheter le sang, mais pas la vie.
Il peut acheter le sexe, mais pas l’amour.
Il peut acheter une église, mais pas le cœur de Dieu.
Il peut acheter un mausolée, mais pas la paix éternelle.
À la fin de sa vie, chacun repart comme il est venu !
Aucune richesse matérielle ne peut être emmenée de l’autre côté !
Ainsi l’argent n’est pas tout !
Les plus belles choses de la vie ne peuvent pas être achetées !
L’argent te fait croire qu’il faut gagner sa vie…
Alors qu’elle t’a été donnée à la naissance !
Auteur inconnu
Exercice proposé : faites l’inventaire, ou au moins le début de l’inventaire, de votre patrimoine immatériel (richesses et dettes).
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